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LA COLLECTION AL-THANI A FONTAINEBLEAU

28 septembre 2018

Un voyage de 4 000 ans. 63 œuvres. Un cadre exceptionnel. La famille Al-Thani offre à la France une expérience unique. Des rencontres avec des périodes méconnues de l’Histoire et une entrée magistrale dans la grandeur des représentations royales. De la royauté sumérienne jusqu’au XXème siècle, les différentes pièces de la collection Al-Thani viennent nourrir les imaginaires des visiteurs et leur compréhension d’un Orient peu familier et bien souvent fantasmé. Si le pouvoir royal, pierre angulaire de cette exposition, parle à tous, la grande hétérogénéité des œuvres soumises aux yeux du public nous laisse entrevoir la profonde diversité culturelle, politique et religieuse qui sous-tend la richesse de l’histoire orientale.

The Al-Thani Collection, 2018. Photograph taken by Matt Pia Ltd.

Le souverain mariage de l’Orient et l’Occident

Le Château de Fontainebleau semblait le lieu le plus convenu pour accueillir ces œuvres. Lieu de prestige, il a embrassé toute la complexité de l’histoire de France et du pouvoir de ses souverains.  Résidence royale d’abord, il reste empreint du souvenir de Philippe le Bel, de Christine de Suède et de Napoléon Ier. 34 monarques s’y sont succédés. Chacun apportant une touche, parfois minime, à la majesté des lieux et à son empreinte spirituelle. Lieu dédié aux armées et à la formation de ses chefs, il vit sortir, dès 1802, les premières promotions de saint-cyriens. Il abrita, en 1814, l’abdication de Napoléon Ier et la chute de l’Empire après le désastre de la Campagne de France. Souvent, le Religieux s’y est invité. Saint-Louis y fonda un couvent trinitaire, qui deviendra plus tard la Chapelle de la Trinité. Le futur Napoléon III y fut d’ailleurs baptisé. Flaubert perçut Fontainebleau, bien plus tard, comme un symbole de l’inaction et du mutisme bourgeois face au tumulte révolutionnaire qui agitait Paris dans les journées de février 1848. L’érotisme n’y fut pas non plus ignoré. Ce même Flaubert fit ainsi de Fontainebleau le lieu des amours coupables entre Frédéric et Rosanette.  Par ses deux écoles artistiques, Fontainebleau fut aussi, bien en avance, le lieu d’inspiration d’une avant-garde culturelle et royale qui fonda l’art renaissant français du XVIème et XVIIème siècle. Paris finira, quelques années plus tard, par se l’approprier. Fontainebleau fait finalement écho à l’Histoire de France, à ses bouleversements et ses mystères. Notre histoire occidentale et ses représentations religieuses, guerrières et sentimentales du pouvoir souverain, déjà ancrées dans l’âme du Château de Fontainebleau, entrent en profonde résonnance avec les œuvres de la famille Al-Thani, qui nous exhortent à reconnaître les systèmes de valeurs et de dominations royaux communs qui unissent l’Orient et l’Occident.

« La tradition du trésor amassé »

Mais plus encore, Fontainebleau cache, de l’aveu même de Vincent Droguet, commissaire de l’exposition, une tradition du « trésor amassé » qui ressurgit à travers l’exposition Al-Thani. Celui-ci nous rappelle volontiers qu’en 1561, 800 pièces furent retrouvées à proximité de la chambre du Roi. Le clin d’œil aux 6 000 œuvres qui composent la collection impulsée par le -très francophile- cheikh Hamad Ben Abdullah Al-Thani est évident. Son attirance sincère pour les attributs absolus du luxe a permis, quelques années plus tard, la constitution d’une des plus riches anthologies des représentations royales orientales.

Rassembler 4 000 ans d’histoire royale dans une soixantaine d’œuvres était un pari risqué. Les exposer dans un lieu qui, de prime abord, pourrait sembler si étranger à la culture orientale l’était encore plus. « La destinée de la fonction royale à travers les âges » y est pourtant parfaitement illustrée.L’éclat des lieux lui rajoute, sans doute, une empreinte spirituelle et quelque peu curieuse. Mais, ici, les cultures royales d’Occident et d’Orient convergent à Fontainebleau et se découvrent non un passé commun, mais une identité commune.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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