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DÉLICES ET RÊVES DE DAMIEN MACDONALD

03 février 2017

PAR BIANCA CERRINA FERONI

 

Pour se plonger dans l’esprit créatif de Damien MacDonald, il faut commencer par les Sleepwatchers, un jeu de 35 cartes, éditées par Sun/Sun, dessinées avec la légèreté d’un trait de plume (http://sunsun.fr/sleepwatchers). Un rêve est offert pour chaque carte. Il suffit d’en glisser une sous son oreiller pour devenir un “observateur du sommeil” et, une fois traversés tous les rêves, le paquet fini, pour se connecter aussi aux rêves des autres. Même si on ne possède pas ce drôle de jeu, on peut retrouver la suite de ce voyage initiatique dans l’exposition “les Délices”, du 2 février au 18 mars à la Galerie 24b. (http://www.24b.paris/)

 


Dans cette jeune et dynamique galerie parisienne fondée en 2014 par Emmanuel Bouvet, on se retrouve face à 500 dessins tracées à l’encre de Chine qui ont été créés pour rendre hommage au peintre flamand Jérôme Bosch. Cette grande quantité des dessins, qui correspond aux années qui nous séparent de l’entrée de Bosch au Paradis, nous amène directement dans le même microcosme onirique peuplé de créatures hybrides, de chimères, de détails tant mystérieux qu’humoristiques où se montrent de multiples états d’être, de la damnation aux “Délices”.

 


C’est surtout pendant la nuit que l’artiste franco-écossais produit ses innombrables visions. Tout en repérant les suggestions anciennes, on se retrouve face à nos symboles contemporains – parmi lesquels nous vivons la plupart du temps sans forcément y prêter attention.  “L’artiste est un medium entre le passé et le futur”, dit Damien MacDonald, qui cherche à abolir les frontières entre les deux. Ses références sont multiples: des figures mythologiques à la bande dessinée, de l’alchimie à la contre-culture.

 


Les symboles conservent leur force évocatrice tout en assumant de nouvelles significations. Dans cette évolution iconographique, MacDonald touche au coeur même de notre époque. Les tunnels que Jérome Bosch peignait pour symboliser l’entrée dans l’au-delà, sont maintenant placés au milieu du corps de la femme, sorte d’hommage à la sexualité comme voie pour toucher l’universel. Les poissons volants de Bosch se transforment en bateaux-baleines survolant une multitude de personnages qui s’unissent avec volupté.

 


La luxure n’est qu’un fil qui relie directement les deux artistes, mais il serait vain de vouloir énumérer les thèmes. Il n’y a pas de narration ni d’ordre chronologique. Damien MacDonald en appelle à l’imagination du spectateur, l’invitant à trouver par lui-même le sens de ce déploiement des détails qui unissent le monde extérieur et intérieur. N’importe quelle image et n’importe quel motif peuvent s’imposer à l’oeil d’un spectateur ou d’un autre.

 


On est submergé par les formes. Combien en pouvons-nous retenir ? Comment notre cerveau en sélectionne-t-il une plutôt qu’une autre ? L’homme noyé dans l’écran, phagocyté par son smartphone, semble témoigner de ce tsunami visuel qui nous submerge. L’objectif est alors de se perdre comme dans un labyrinthe peuplé de créatures fantastiques qui traversent le temps. L’arbre dans le bateau, réminiscence de l’homme-arbre qui était peut-être l’autoportrait du peintre flamand, nous parle de l’exil, ce voyage avec des racines qui se déplacent en trouvant à fur et à mesure de nouvelles réalités et de nouveaux rêves.

 

 

EXPOSITION “LES DELICES” de Damien MacDonald (http://damienmacdonald.com/)

Galerie 24B, 24 bis rue Saint Roch 75001 Paris
Du jeudi au samedi de 14h à 19h
Du 2 février au 18 mars 2017

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