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SERGE AKL : LE LIBAN EN GRAND

17 mars 2017

ENTRETIEN ZOÉ ZERI

PORTRAIT GUILLAUME DE SARDES

 

 

Serge Akl, vous êtes le directeur de l’Office du Tourisme du Liban en France. Vous avez choisi de présenter votre pays à travers sa culture. Pourquoi ?
Le Liban est un pays surprenant et attachant que tout Libanais aime promouvoir à travers la richesse de son histoire, la beauté de ses paysages et de ses sites archéologiques. Mais je trouve qu’il est également important de promouvoir un pays à travers la vigueur de sa culture et la dynamique créatrice de ses artistes. Ce sont eux qui permettent au Liban de se démarquer dans un monde saturé par l’information et où l’on ne distingue plus forcément les particularités de chacun. Ce sont les auteurs libanais, les créateurs de mode ou de design, les architectes, les cinéastes, les photographes et les musiciens qui donnent une voix au Liban sur la scène internationale et qui lui permettent de rayonner bien au delà de ses frontières. C’est pour cela aussi que je préfère le mot « voyage » au mot « tourisme ».

 

Parmi les arts que vous vous attachez à promouvoir, il y a le cinéma et la photographie. Quelle est leur place au Liban ?
La photographie et le cinéma existent au Liban depuis l’invention de ces médiums. Mais lorsque nous parlons de cinéma ou de photographie au Liban, nous faisons référence à des créations qui voient le jour à partir des années 60, qui subissent les guerres (1975-1990), avant de renaître dans les années 90 pour s’épanouir et se développer aujourd’hui. Faire du cinéma au Liban, c’est travailler dans une industrie qui est peu encadrée ou soutenue par les institutions publiques. C’est pour tenter de remédier à ce manque que j’ai créé le projet cinéma du Ministère du Tourisme libanais qui vise à promouvoir nos cinéastes, leurs films et les coproductions franco-libanaises, d’une part, et qui fait connaître le Liban en tant que cadre de tournages, d’autre part. Un site est dédié à ce projet : www.35mmfrombeirut.com. Quoi de plus beau que le 7eme art pour faire briller son pays à l’international ? Quant à nos photographes aujourd’hui, beaucoup d’entre eux ont été « formés » par la guerre dans les années 70 et sont ensuite devenus de grands noms de la photographie mondiale, accédant aux grandes institutions muséales. Il y a aussi une jeune photographie au Liban qui se développe, la génération d’après guerre, et qu’il est intéressant de suivre pour son regard nouveau. De ce point de vue, le Liban est un pays en pleine gestation, où tout reste à faire. C’est ce qui le rend si intéressant et attachant.

 

Vous avez cofondé avec Philippe Heullant le festival Photomed Liban, consacré à la photographie méditerranéenne. Il est désormais le plus grand festival de photographie du Proche-Orient. Alors que la quatrième édition (du 18 janvier au 8 février 2017) vient de s’achever à Beyrouth, pourriez-vous nous en dire quelques mots ?
Tisser des liens, construire un pont culturel entre la France et le Liban, voilà ce que j’ai voulu à travers la création de Photomed Liban. Le Liban est le seul pays, pour l’instant, à avoir pu faire voyager Photomed au-delà de ses frontières de naissance. Cela crée des occasions supplémentaires d’échanges entre la France et le Liban, et entre les photographes libanais et tout le bassin méditerranéen. Cette année, le commissaire des expositions, Guillaume de Sardes, avait conçu une programmation autour de trois thèmes : le cinéma, la ville de Beyrouth et le goût des ruines. Cela a été l’occasion de montrer pour la première fois au Liban le travail de très grands photographes comme Alain Fleischer et Richard Dumas.

 

Avez-vous eu un coup de cœur pour des expositions en particulier ?
J’ai beaucoup aimé les séries centrées sur la nuit. Lara Tabet a enquêté sur les lieux de rencontres furtives, devenant actrice de ses propres images et amenant ainsi le spectateur à se poser mille questions. Le jeune photographe italien Giulio Rimondi a su montrer comment, au bénéfice de la nuit, remonte à la surface un peu de la Beyrouth « d’avant ». Et la cinéaste Danielle Arbid, au plus près des corps, comme dans ses films, a exalté l’incroyable énergie des « exotic girls » qui donnent confiance dans l’avenir du Liban.

Giulio Rimondi, Beirut Nocture

Danielle Arbid, Exotic Girls

A propos de l'auteur

Zoé Zeri

Zoé Zeri est une critique indépendante franco-italienne. Elle a fréquenté les Beaux-Arts de Paris avant d’obtenir un MASTER d’histoire de l’art à La Sapienza de Rome.

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A propos du photographe

Guillaume de Sardes

Guillaume de Sardes est écrivain, photographe et vidéaste. Il dirige la rédaction de Prussian Blue.

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