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CATFIGHT VS PURORESU !

26 novembre 2014
TEXTE JULIE TERRASSON
PHOTOGRAPHIE RYOICHI KEROPPY MAEDA

Nakano Takao et des pratiquantes de Catfish, 2013, © Ryoichi Keroppy Maeda

Depuis près de vingt ans, tous les premiers samedis du mois, la soirée tokyoïte « Department H » rassemble plusieurs centaines de fétichistes, drag queens et exhibitionnistes de la planète nippone. Un des shows les plus adulés est le « Catfight » : une bagarre entre filles, inspirée du « Prowrestling » rebaptisé « Puroresu » au Japon. Sans véritables règles, les matchs de ces combattantes non professionnelles n’ont qu’un seul but : déshabiller l’autre ! Le combat est orchestré par le réalisateur Nakano Takao en personne.

Nakano Takao : « Depuis que je suis tout petit, j’aime les femmes amazones, les guerrières. Elles ont plus de charisme. En tant que réalisateur, quand je donne des ordres aux actrices, je me sens plutôt sadique. Mais quand je me mets à la place du spectateur et que je regarde ces femmes fortes, alors là je deviens masochiste. »

À 50 ans, Takao est le maître des films de genre Erotico-gore à petit budget qu’il réalise depuis les années 90. Dans ses films, les stripteaseuses fatales, femmes-guêpes aux allures de super-héroïnes ou autres nonnes exorcistes en petite tenue réduisent à néant les hommes, les zombies et les monstres tentaculaires. Sur la scène de « Department H », affublé de drôles de couvre-chefs ou moulé dans une robe de soirée, Nakano organise et présente les matchs de Catfight, inspirés des scènes de ses propres films.

Né en 1948 dans des clubs de striptease, le Joshi Puroresu, ou catch féminin nippon, connaît son heure de gloire dans les années 70 en devenant un sport à part entière où de véritables athlètes surentraînées s’affrontent. Une de ses adeptes : Aki Kambayashi, alias « Miss Mongol », est la spécialiste par excellence des rôles de méchantes. Catcheuse depuis quinze ans, Aki voyage en Corée, au Mexique et aux Etats-Unis, avant de s’installer à Porto Rico où elle fait une partie de sa carrière et y découvre le sexy Catfight qu’elle décide d’importer de retour à Tokyo.

Aki Kambayashi : « C’est très simple : moi, j’aime donner des coups de pied et des coups de poing. Il ne s’agit pas de coups esthétiques. J’aime tout bêtement cogner, c’est pas plus compliqué que ça ! Les filles qui font du Catfight, il y en a beaucoup qui ne vont pas bien psychologiquement, qui sont dépressives. Quand elles se mettent au Catfight, la maladie s’atténue ou disparaît carrément. Elles deviennent plus vivantes. Ces filles-là ne se battent pas pour l’argent mais pour se trouver une place dans la société. »pratiquantes de Joshi Puroresu, 2013, © Ryoichi Keroppy Maeda

À Shinkiba, sur l’île artificielle de Tokyo, se trouve « First Ring », le temple du Puroresu underground. Pour 60 euros, le spectateur assiste à trois heures de matchs non-stop. Cette année, le clou du spectacle, c’est le « New-Half Puroresu » : le catch de transsexuelles en VF. Regroupées au sein du club « Dynamite Vamp », ces lutteuses ont leur devise : « Plus belles que les femmes, plus fortes que les hommes ! »

Tarzan Goto, le célèbre catcheur de death- 113 match (une forme extrême et sanglante de combat hardcore, où même les armes cou- pantes sont permises), est l’entraîneur de cette association pas comme les autres.

Tarzan Goto : « En regardant comme ça, on se dit que ce sont vraiment des hommes mais je les trouve plus belles que les femmes normales. C’est bizarre de dire ça comme ça, mais elles attirent plus le regard, tout en ayant la force d’un homme. C’est pour ça que je me suis dit qu’il fallait créer pour la première fois sur terre un nouveau style de club. Quand un homme pète les plombs, c’est différent d’une femme. Elles, elles sont les deux à la fois. En plus, elles subissent des discriminations à cause de leur apparence. Alors, elles se donnent à fond pour gagner ! »

match de Joshi Puroresu, 2013, © Ryoichi Keroppy Maeda

match de Joshi Puroresu, 2013, © Ryoichi Keroppy Maeda

match de Joshi Puroresu, 2013, © Ryoichi Keroppy Maeda

match de Joshi Puroresu, 2013, © Ryoichi Keroppy Maeda

match de Joshi Puroresu, 2013, © Ryoichi Keroppy Maeda

A propos de l'auteur

Julie Terrasson est une journaliste et réalisatrice spécialisée dans les cultures alternatives, notamment au Japon où elle vit six mois par an. Elle est réalisatrice pour l’émission « Tracks » sur ARTE. Elle est également l’auteur de clips et de courts métrages.

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A propos du photographe

Ryoichi Keroppy Maeda est un journaliste et photographe japonais. Il s’intéresse particulièrement aux mouvements underground de son pays.

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