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LE PHOTOGRAPHE ET SON MODÈLE, ENTRETIEN AVEC J.-B. HUYNH ET H. NGUYEN-BAN

08 mai 2016

PHOTOGRAPHIE ET ENTRETIEN GUILLAUME DE SARDES

Jean-Baptiste Huynh (c) Guillaume de Sardes

Jean-Baptiste Huynh (c) Guillaume de Sardes

Hélène Nguyen-Ban (c) Guillaume de Sardes

Hélène Nguyen-Ban (c) Guillaume de Sardes

Hélène Nguyen-Ban, comment avez-vous rencontré Jean-Baptiste Huynh ?

Hélène Nguyen-Ban : Nous nous sommes rencontrés par une amie connue en Afrique il y a quinze ans. Jean-Baptiste a fait mon portrait aussitôt, et aussitôt j’ai été attirée par ses photos. Leur grande honnêteté me ramène à ma propre intériorité.

Jean-Baptiste Huynh : Les personnes qui collectionnent mes photos aiment la cohérence de mon travail, son authenticité. Elles partagent avec moi l’instant d’abandon que je saisis.

Comment définiriez-vous l’exercice du portrait ?

JBH : Ma réponse spontanée serait : une image issue d’une rencontre et d’une proposition acceptée par le sujet. C’est un moment intime que je recherche, un abandon de la part de la personne photographiée. Pour moi, le portrait n’est possible que dans un espace absolu de confiance. Si l’on ne produit qu’une image sociale, c’est raté. Il faut dessiner un espace mental entre la retenue et le paraître.

 

Jean-Baptiste Huynh, Huyen 1, 1997

Jean-Baptiste Huynh, Huyen I, 1997

Jean-Baptiste Huynh, Hélène Nguyen Ban Portrait I, 2013

Jean-Baptiste Huynh, Hélène Nguyen Ban Portrait I, 2013

Sur quoi vous concentrez-vous avant tout ?

JBH : La question du regard est centrale dans mon travail. Le regard est la porte ouverte sur l’intimité du sujet. C’est par lui qu’il peut y avoir communication. Dans mon livre Intime infini (Actes Sud, 1998), j’ai voulu donner une image du Vietnam à travers des visages, une série de portraits de l’enfance à la vieillesse. Travaillant sur la lumière, j’ai montré comment un homme aveugle peut être à la recherche d’une lumière intérieur. J’ai portraituré aussi une femme dont un œil est mort : le regard m’intéresse jusque dans son absence. Je cherche à photographier tous les sujets qui me frappent, et personne n’a refusé mon offre ; la sincérité de ma démarche est très forte et emporte l’adhésion.

HNB : J’ai acquis ce portrait de femme aveugle. Elle m’a séduite parce que j’y ai lu tout un univers. À mes yeux, l’artiste doit investir le champ de l’intime jusque dans sa possible artificialité.

 

Jean-Baptiste Huynh, Mali, Portrait-24

Jean-Baptiste Huynh, Mali, Portrait-24

Jean-Baptiste Huynh, Portrait 7, 2003

Jean-Baptiste Huynh, Portrait 7, 2003

Vos portraits sont-ils « posés » ou « volés » ?

JBH : Comme chez les grands Américains, ma pratique repose sur le rapport de confiance. Je ne prends jamais une image « sur le vif », il faut qu’il y ait une demande et une acceptation de la part du modèle. En revanche, je ne concède rien, ou presque rien, à l’artifice : pas de maquillage, pas de bijoux, peu d’ombres, un fond neutre. Je ne veux ni référence au niveau social du sujet, ni introspection psychologisante. Au contraire, je cherche un espace qui permette le calme, le relâchement des déterminations et des tensions, jusqu’à l’absence. Ce qui m’intéresse avant tout, ce ne sont pas les signes extérieurs, c’est le regard. Pour cela, je photographie toujours à la même distance, à 1m 10, avec une seule source de lumière, claire, précise, qui ne dissimule rien, et sans aucun effet de cadre. La prise de vue dure vingt minutes et je fais deux axes et trente ou quarante images, sachant que je n’en tire jamais qu’une seule à la fin. J’ai un goût particulier pour les portraits d’enfants, car eux au moins n’ont pas encore intériorisé l’obligation d’une image sociale.

Jean-Baptiste Huynh, Intime-infini, Than-Van-Huynh, 1997

Jean-Baptiste Huynh, Intime-infini, Than-Van-Huynh, 1997

HNB : L’intensité et la concentration sont telles au moment de la prise de vue que cela devient une véritable introspection. Le modèle est debout, et la posture a certainement un effet sur l’expression. Du côté du photographe, il n’y a pas de parti pris interprétatif. Le résultat est une sorte de mise à nu, aux antipodes du marketing de l’image auxquels nous sommes habitués, pour ainsi dire un portrait de l’âme. J’ai presque été dérangée par cette radicalité.

Dans votre démarche, avez-vous été influencé par de grands prédécesseurs ?

JBH : Je citerai deux influences. August Sander d’abord, à cause de la profondeur qu’il a su trouver et qui confère à ses modèles à la fois une grande humanité et une impressionnante intemporalité. Quant à Irving Penn, je suis heureux d’être lié d’amitié avec lui. Quels que soient ses sujets, il les traite avec la même rigueur, la même profondeur, la même élégance. Ses portraits sont brillants sans être jamais superficiels.

A propos de l'auteur

Guillaume de Sardes

Guillaume de Sardes est écrivain, photographe et vidéaste. Il dirige la rédaction de Prussian Blue.

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