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“AFTER PHOTOGRAPHY” À LA GALERIE ALAIN GUTHARC

16 mai 2016

TEXTE GUILLAUME DE SARDES

Année après année, Alain Gutharc conforte son image de galeriste pointu et exigeant, mais aussi de découvreur. S’il n’ignore aucune tendance de l’art contemporain, il accorde une place prépondérante au médium photographique. Outre Joachim Schmid, Véronique Ellena et Vincent J. Stocker, il représente deux artistes devenus des classiques : Hervé Guibert et depuis peu Jacques Henri Lartigue.

L’exposition « After photography », conçue par la commissaire indépendante Pascale Krief, confirme de manière paradoxale ce tropisme photographique. Paradoxale, dit-on, puisque cette exposition s’intéresse moins à la photographie qu’à son dépassement. Il s’agit ici de présenter comment la photographie peut s’affranchir de la définition donnée par Roland Barthes : « la photographie comme fascination pour ce qui a été ». Pascale Krief s’intéresse ainsi aux artistes qui, à partir d’une reprise du geste photographique, participent à son effacement ou à sa recréation au moyen d’autres mediums.

Avec Dieter Hacker, qui réactive pour l’occasion Aplanir une montagne, l’une de ses œuvres historiques, la photographie devient le matériau propre d’une installation. Janis Avotins dessine lui à la mine de plomb d’après des photographies d’ex-URSS, dont il ne conserve que certains éléments.

 

Dieter Hacker

Dieter Hacker

After photo-22

Janis Avotins

Janis Avotins

Janis Avotins

Abigail Reynolds rapproche et superpose des photographies sans lien, afin d’introduire la notion de temporalité : une photographie de cheminées d’usines vient ainsi recouvrir l’image d’un cortège de « cols-blancs », signifiant ainsi le passage de l’ère industrielle à l’ère tertiaire.

Abigail Reynolds

Abigail Reynolds

Quant à Joachim Schmid, il présente une série d’image très délicates réalisées à partir de captures d’écrans de vidéo surveillance braquées sur l’endroit exact, marqué d’une croix blanche sur la chaussée, où a été assassiné John F. Kennedy. On y voit des touristes s’y photographier. « L’angle de vue de la caméra est exactement le même que celui de l’assassin : elle shoote maintenant les touristes en train de shooter leurs propres photographies-souvenirs, activité que nous pouvons suivre en temps réel sur les écrans de surveillance » commente Joachim Schmid, jouant avec ironie sur la double signification du verbe « to shoot » en anglais, qui signifie à la fois « tirer » (une balle) et « prendre » (une photo ou une vidéo). La série elle-même repose sur la notion de répétition au sens de Deleuze, chaque série de quatre images n’étant à chaque fois « ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre » et reprenant à l’infini la même scène de touristes allant se photographier, scène qui reprend elle-même la scène primitive historique. Loin de ne montrer que la platitude du réel de la capture d’une vidéo surveillance, la série X Marks the spot exprime alors l’ensemble d’un cheminement conceptuel dont la série photographique ne serait en définitive que la part la plus visible.

Joachim Schmid

Joachim Schmid

A propos de l'auteur

Guillaume de Sardes

Guillaume de Sardes est écrivain, photographe et vidéaste. Il dirige la rédaction de Prussian Blue.

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