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JAM SUTTON : DES KIDS EN MARBRE DE CARRARE

24 novembre 2016

TEXTE FRANÇOIS CROISSY

ILLUSTRATIONS COPYRIGHT JAM SUTTON

Jam Sutton, à 30 ans, est un artiste touche-à-tout. Il vient de la photographie et expose régulièrement des scènes brillantes et très picturales, qui sont à la fois des hommages à la « grande peinture » classique et des prises de distance ironiques et polémiques envers les clichés de la culture commune. S’il est un créateur pour qui abstraction et minimalisme sont des concepts étrangers, c’est bien lui ! Récemment, sa curiosité tous azimuts l’a amené à exercer ses talents dans le domaine de la sculpture.

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Non qu’il ait pris le ciseau et attaqué le marbre ; post-modernité oblige, Sutton a recours au scanner 3D. C’est là pour lui un réflexe naturel, tant il se reconnaît fils de « l’âge technologique », familier des écrans depuis son enfance. Pour autant, il ne faudrait pas y voir une facilité, mais un choix artistique pensé : « le scanner 3D peut saisir l’exacte représentation d’une forme sous les espèces d’un objet digital. C’est presque comme si l’on combinait le readymade avec l’étude anatomique classique, faisant de la forme humaine elle-même un readymade », commente Sutton. De fait, les « formes digitales » obtenues, en marbre de Carrare dans la grande tradition canovesque, sont troublantes. Elles ont ce lisse, cette perfection absolue de la surface qui fait le bonheur des amateurs de néo-classique ; en même temps, elles élèvent aux honneurs du monument des kids bien d’aujourd’hui, avec casquette et Nikes, et mettent en scène la violence urbaine des métropoles contemporaines – un peu comme si Thorvaldsen avait remplacé Larry Clark au Trocadéro pour immortaliser les jeunes héros de The smell of us. Elmgreen & Dragset avaient tenté un tel mélange des genres lorsqu’ils avaient investi le musée de Copenhague et habillé de débardeurs et de sacs à dos les chefs-d’œuvre à l’antique. Chez Sutton le geste est plus radical, puisque les défroques contemporaines ne pourront pas être retirées à la fin de l’exposition. Elles font partie des groupes au même titre que les corps héroïques, battant ainsi les cartes des temps entre passé mythologique et hyper-présent mythifié.

 

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Parfois, des couleurs très vives, venues du manga, brouillent encore davantage les pistes. Le résultat est souvent d’une grande sensualité, voire d’un puissant érotisme. Les barrières de la culture scolaire (bien fragiles d’ailleurs : que l’on songe aux émois du jeune Green à la Galerie des antiques) ne maintiennent plus le beau à distance. Ce David en short n’est pas seulement le vainqueur de Goliath, il est un boy qui dans un instant va demander une clope, esquisser un sourire canaille…

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Jam Sutton en nous séduisant s’amuse, fidèle à un esprit du temps plus enclin au second degré et à l’ironie qu’aux postures romantiques. Et comme il ne faut pas oublier que l’art est aussi un marché, en photographiant des jeunes gens vêtus d’un motif de sculpture devant la sculpture elle-même, ce garçon insolemment doué nous rappelle qu’il est aussi créateur de vêtements sous le vocable … « This Is Not Clothing » !

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A propos de l'auteur

François Croissy

François Croissy est un dilettante à qui il arrive de s’adonner au journalisme.

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