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ARIANE GEFFARD, PHOTOGRAPHE DE L’INTIME

20 août 2012
TEXTE GUILLAUME DE SARDES
PHOTOGRAPHIE ARIANE GEFFARD

Parents, amies et amants semblent habiter, à travers son objectif, un monde constitué de souvenirs, d’amour et d’érotisme. Ariane Geffard collabore régulièrement à la revue française « Edwarda » et au fanzine américain « No thoughts ». À vingt-sept ans, elle vit et travaille à Paris.

Vous venez de terminer une nouvelle série « Les bonnes manières ». Pouvez-vous nous en expliquer la genèse ?

« Les bonnes manières » donne à voir une amie que je photographie depuis de nombreuses années. C’est une jeune femme dont je suis très proche et notre relation photographique fait partie intégrante de notre histoire. Elle est régulièrement présente dans mes expositions et publications. Il y a un mois, sur un coup de tête, nous avons décidé de partir ensemble à Anvers pour y réaliser une série. Nous avons loué un appartement avec une lumière et un espace qui pouvaient être exploités de différentes façons. Je l’ai photographiée tous les jours, souvent le soir. La série « Les bonnes manières » recueille les fragments précieux de ce voyage.

Le rapport d’intimité que vous entretenez avec vos modèles est-il nécessaire à la création ?

Oui, car mon travail s’articule autour de la notion d’intimité. Celle-ci est au centre de mes préoccupations, que ce soit dans mon rapport aux personnes que je photographie, aux questionnements qui m’habitent ou aux conditions mêmes de création. Ce n’est pas que les inconnus ou les mannequins ne m’intéressent pas, mais il m’est nécessaire d’avoir un lien fort et souvent de longue date avec mes modèles. La confiance mutuelle, une histoire commune ou une rencontre singulière font partie des éléments qui motivent mon travail.

Pourquoi le nu ?

Lorsque je photographie une personne, il me semble que le vêtement « gâche » quelque chose. Comme si ce dernier portait une signification à part entière qui venait troubler le sujet de la photo. Je pourrais me dire qu’au contraire le vêtement joue un rôle de révélateur, un peu à la manière du maquillage chez Derrida, mais il s’agirait d’une démarche rationnelle. Je privilégie la spontanéité. Mes photographies se situent dans la veine de l’autofiction, où l’inconscient tient une place prépondérante.

Le nu interroge également la norme, qui est l’autre question majeure selon moi. Même si enfant je faisais déjà des photos, c’est à l’adolescence que c’est devenu une pratique à part entière. Justement à l’âge où on se demande si l’on est normal, ce que cela signifie même de dire une telle chose, etc. Prendre en photo mes amies d’enfance, souvent nues, a sans doute été une manière de trouver des réponses à ces interrogations. Plus tard, ma démarche a évolué, je me suis intéressée aux « femmes fatales », à la séduction, au genre et à l’érotisme.

Diriez-vous que vos photographies sont érotiques ? Et d’ailleurs qu’est ce que l’érotisme ?

Comment nier le caractère érotique de mes photographies ? Je ne pense cependant pas que l’érotisme en soit la substance même. Mon travail est issu de souvenirs de mon enfance, de questionnements qui me troublaient. Certains se rassurent avec des mots, je privilégie pour ma part les images. Peut-être parce que l’imagerie érotique m’a beaucoup influencée. Dans la maison de mon enfance, il y avait une grande bibliothèque et aux murs plusieurs cartes postales et affiches : Molinier, Newton, Man Ray. Tous me fascinaient. J’avais la sensation, à la fois grisante et anxiogène, d’avoir accès à un monde interdit. Il me vient à l’esprit le superbe titre d’un des livres de Roger Dadoun : « L’érotisme, de l’obscène au sublime »… Érotisme qui s’incarne, selon moi, dans le trouble qu’une situation, une personne, un geste peuvent engendrer. Il ne s’agit souvent pas de quelque chose qui est directement en lien avec le sexuel (contrairement à la pornographie). C’est ce qui vient mettre en branle une partie très intime de soi qui est érotique. Ma manière de travailler, comme je le disais précédemment, a souvent pour genèse ce bouleversement, cet ébranlement, que je ressens face à mon sujet. Je pourrais cependant citer dix choses qui illustrent ma vision de l’érotisme sans pour autant en dire l’essence… Il me semble que l’érotisme est tout sauf figé. D’une manière quelque peu kantienne, je pense que l’érotisme se situe plus du côté du sentiment que de la substance de l’objet.

A propos de l'auteur

Guillaume de Sardes est écrivain, photographe et vidéaste. Il dirige la rédaction de Prussian Blue.

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